Club de lecture de décembre 2025 : La isla bajo el mar de Isabel Allende suivi de la visite du Bordeaux « négrier »
Nous sommes restés à la même époque que dans nos 2 lectures précédentes et nous avons encore visité l’Histoire de France du XVIIIème siècle avec une autrice de culture hispanique .
Nous avons accompagné la vie de Zarité, jeune esclave haïtienne, qui passera toute sa jeunesse à Saint Domingue sur la plantation d’un Français, Toulouse Valmorain, arrivé à 20 ans sur l’île au décès de son père lui-même venu pour tenter de se refaire une fortune grâce à l’engouement mondial sur le sucre .
Il découvre une plantation dans un état calamiteux, quasi à l’abandon du fait de la maladie de son père, et tout empreint qu’il est des idées du Siècle des Lumières, il va rapidement y renoncer, confronté à la réalité économique qui est que les Plantations ne peuvent exister sans le travail des esclaves.
Il travaillera d’arrache-pied pour faire de sa plantation une des plus importantes de l’île, se comportant peut être moins mal que certains de ses congénères mais néanmoins propriétaire d’esclaves …. Violant régulièrement Zarité avec qui il aura deux enfants…
Nous vivons la vie des esclaves ,ceux qui travaillent sur la plantation mais aussi les domestiques comme Zarité qui sera aimée comme une mère par le fils de Valmorain devenu orphelin très jeune et qui finira par se rebeller contre cette société esclavagiste et son père au point de tout quitter .
Nous vivons la vie aussi la vie des maîtres, et de toute la population diverse de l’île, la révolution haïtienne, le sauvetage de la famille par l’esclave qui au péril de sa propre vie et de sa liberté les fait échapper à la mort, l’exil qui en suivra à la Nouvelle -Orléans, la parole non tenue du maître qui ne l’affranchit pas bien au contraire… Elle devra arracher sa liberté.
Mais, au-delà, ce qui fait la qualité de « La Isla Bajo El Mar » est aussi et surtout la fresque de personnages qui entourent Zarité et Valmorain , la peinture des sentiments, d’une qualité, d’une sensibilité et d’une finesse captivantes.
C’est avant tout une Ode à la Liberté, mais aussi une histoire d’Amour .
Sur notre lancée, nous avons eu la curiosité de faire la visite proposée par Frédéric Bechir sur le « Bordeaux Négrier » et notre amie Françoise nous en a fait le résumé qui suit:
« Nous avons commencé la visite Place de la Bourse où le guide nous a donné un court aperçu de l’histoire de Bordeaux, port négrier. Bordeaux a été le premier port de France pour le commerce du sucre qui venait de Saint-Domingue et on estime à 150 000 les esclaves qui ont fait l’objet d’une traite triangulaire.

2 mascarons d’esclaves africains aux côtés de Neptune
Puis nous sommes allés Cours du Chapeau Rouge où se trouvent plusieurs hôtels particuliers ayant appartenu à de riches armateurs bordelais qui pratiquaient la traite négrière; par exemple l’hôtel de Saige, œuvre de Victor Louis, construit sur le modèle du palais Mancini à Rome et commandé par la famille Saige , une des plus riches de Bordeaux.
Notre troisième étape fut la Place de la Comédie où se trouve, au coin de la rue Sainte Catherine la triple façade de l’hôtel Bonnaffé, du nom de son propriétaire, armateur fortuné, très impliqué dans la traite des esclaves, d’autant plus riche qu’il n’a jamais perdu un seul bateau en mer.
En passant devant le Grand Théâtre le guide nous a signalé que, sur la coupole de la salle de spectacle, sont peints 2 esclaves noirs, à côté de la vigne et du commerce maritime, les trois faisant partie des richesses de la ville.

Plafond du Grand-Théatre
Puis nous avons marché jusqu’au Cours de Verdun où se trouve l’hôtel Nairac, aujourd’hui Cour Administrative d’Appel, œuvre de Victor Louis. Pierre-Paul Nairac tirait ses profits de ses raffineries de sucre et de la traite négrière. Il est en tête des négriers bordelais avec plus de 8000 esclaves en 18 expéditions.
Nous sommes ensuite passés Place des Quinconces devant les statues de Montaigne et de Montesquieu dont les écrits témoignent de leur opposition à l’esclavage.
Plus loin, sur les quais, la Bourse Maritime est aussi « ornée » d’un mascaron d’une esclave africaine.
Derrière la bourse se trouvent les Entrepôts Lainé (1830) où étaient stockées les denrées ultra-marines (café, coton, vanille, sucre…) produites par le travail forcé des esclaves africains (le système esclavagiste a duré jusqu’en 1848).

La visite s’est poursuivie au bord de la Garonne, jusqu’à la statue de l’esclave Modeste Testas, œuvre du sculpteur haïtien Philipo, inaugurée e n 2019, et s’est terminée devant une plaque commémorative inaugurée le 10 mai 2006, et qui fut le premier lieu de mémoire de la ville de Bordeaux; on peut y lire « A la fin du XVII siècle, de ce lieu est parti le premier navire armé dans le port de Bordeaux pour la traite des Noirs.
Plusieurs centaines d’expéditions s’en suivirent jusqu’au XIX siècle.
La ville de Bordeaux honore la mémoire des esclaves africains
déportés aux Amériques au mépris de toute humanité. »