CLUB DE LECTURE DE MARS 2026 : NO TE VERÉ MORIR
Compte – rendu établi par Marie-Odile
Nous avons complètement changé de style avec la lecture de ce roman intimiste de Antoño Muñoz Molina qui est un auteur contemporain membre de l’Académie Royale Espagnole. Il a reçu divers prix : Prix Fémina Etranger, Prix Médicis Étranger, Prix Prince des Asturies pour l’ensemble de son œuvre .
C’est l’histoire d’un Espagnol né juste à la fin de la guerre civile et que ses parents qui ont fréquenté García Lorca, Manuel de Falla, Pablo Casals, ont élevé de manière à ce qu’il fasse de Grandes Études qui lui permettent d’aller vivre à l’étranger loin des soubresauts de l’Histoire espagnole.
Il s’appelle Gabriel Aristu.
Il va abandonner ses projets de carrière artistique musicale, il va aussi laisser à Madrid son Amour Adriana Zuber, pour s’exiler aux USA, y faire une brillante carrière bancaire et fonder une famille américaine.
50 ans plus tard, à l’âge de la retraite il révèle au seul confident espagnol qu’il a là-bas qu’il n’a cessé de rêver toute sa vie à son Amour Espagnol, et que 50 ans après il a décidé d’aller la revoir . Tout au long du récit Gabriel Aristu est dans la nostalgie, il n’assume pas vraiment ses choix de vie. On peut se demander également s’il ne transforme pas le Passé qui serait un peu un Mythe. Raconte-t-il vraiment son histoire ou la recrée-t-il ? Il est clair que Adriana qu’il retrouve très diminuée physiquement, n’a pas vécu les même choses que lui . Elle lui dit clairement qu’il préférait sa famille.
N’aimait-t-il pas davantage le souvenir de la femme qu’il a aimé que la femme réelle ?
Leur confrontation en fin d’existence va semble-t-il mettre fin à sa nostalgie.
Gabriel n’a pas vraiment conquis notre sympathie.
Nous avons pointé son incapacité à aimer pleinement dans le Présent. Il est moins engagé dans sa vie réelle que dans son souvenir.
Il ne semble pas très attaché à sa femme et à ses enfants et même au narrateur qui se croit son ami et dont la qualité principale pour Gabriel semble plutôt être sa nationalité espagnole.
Peut être son problème est-il le problème des exilés qui souvent ne se sentent plus de leur pays d’origine mais se trouvent également étrangers dans leur nouveau Pays.
Comme dans l’œuvre de bien des écrivains espagnols, le Franquisme et les horreurs de la guerre civile sont toujours en filigrane.
Le style de l’écriture contribue à l’atmosphère du récit. La première partie est une phrase continue de 70 pages sans point ni virgule. Cela en a déconcerté certains et chacun a pu interpréter ce choix: écheveau de souvenirs, flux ininterrompu de conscience, embrouillamini de regrets, de remords et de mélancolie ou un Souffle au service de l’Amour que rien ne doit interrompre ?
Marie-Odile BRAUN